Fin de vie : « Il y a des jours où j’ai encore un peu d’espoir »
Chantale Pinard apprend qu'elle est atteinte d'un cancer incurable en 2022. Elle tente malgré tout de combattre la maladie. Mais aujourd'hui, elle sait qu'elle est condamnée et qu'il ne lui reste que quelques mois à vivre. Elle nous livre son témoignage.
Sa plus grande fierté, c’est sa carrière. La Dre Chantale Pinard était une vétérinaire-ophtalmologue, une spécialité très rare qu’elle enseignait aussi à l’Université de Guelph jusqu’en 2023.
J' ai toujours été encouragée à 100 % à poursuivre mes rêves et mes ambitions.
C’est depuis l’âge de 9 ans que j’ai voulu faire ce métier, le jour où j’ai rencontré un vétérinaire
. Perfectionniste, le choix de l'ophtalmologie était une évidence : les yeux sont le plus bel organe dans le corps, c'est une simplicité qui se marie avec une complexité de médecine et de chirurgie
.

L'abandon de sa carrière de vétérinaire-ophtalmologue et d'enseignante à l'université en raison de sa maladie a été très difficile pour cette scientifique passionnée par le bien-être animal.
Photo : Radio-Canada
Le choc du diagnostic
Le diagnostic de son cancer se révèle en un mot : « inattendu ». Un inattendu auquel suivront de nombreux changements et de nombreuses questions.
Je ne m'y attendais pas à ce diagnostic. Il n'y a pas de cancer du côlon dans la famille
, explique Mme Pinard avant de continuer. Quand le gastro-entomologiste m'annonce, "malheureusement, vous êtes au stade 4 du cancer du colon", une chance que j'étais couchée parce que je suis tombée des nues
.
Quand elle annonce sa maladie à son père, il déménage avec elle, à Guelph.

Pour Chantale Pinard, avoir son chien avec elle, c'est « avoir un amour inconditionnel et j’ose espérer un support et un encouragement non verbal ».
Photo : Radio-Canada / Hugo Levesque
Scientifique, il est difficile pour elle de ne pas avoir de réponses à ses questions. Je connaissais la fin de ma vie professionnelle, c'est la retraite. Mais ici, c'est un livre qui est encore incomplet, parce qu'on ne sait pas encore c'est quoi la fin. J'anticipe la fin
, ajoute-t-elle avec émotion.
Ça fait peur de pas savoir la fin.
J'ai questionné auprès de mon docteur palliatif comment cela allait se passer. Il m'a dit que la fatigue sera de plus en plus importante
.
Faire le deuil de sa propre vie
Depuis, les émotions se bousculent. La surprise, mais aussi le sentiment d'injustice, de colère : le deuil n'est pas un parcours linéaire. C'est vraiment un parcours avec des hauts et des bas
.
Ne pas avoir la réponse à la question "pourquoi moi?", c'est comme une démangeaison qui ne nous quitte jamais.
Concernant sa carrière professionnelle de vétérinaire, c'est un deuil que je fais tous les jours.
Un deuil auquel s'ajoute une tristesse journalière, quand on me demande des conseils, c'est comme un rayon de soleil!
.
Je suis très fâchée. Oui, je suis fâchée, c' est le meilleur verbe, le meilleur état d’âme que je peux avoir.
Apprécier les petits moments de vie
Depuis qu'elle sait que le cancer ne la quittera plus, Chantale Pinard apprend à vivre différemment : on essaye de trouver les petits bonheurs au courant de la journée pour continuer à avancer
.

Depuis le diagnostic de son cancer incurable, Chantale Pinard apprécie les petits bonheurs de la vie, comme profiter d'un bon café ou du chant des oiseaux.
Photo : Radio-Canada / Nadine Mbemba
Les bonheurs sont une marche avec mon chien lorsque la température est belle, cuisiner, entendre les oiseaux chanter et voir ce qui pousse dans mon jardin. J'aime bien jardiner, donc j’ai hâte de planter mon potager et c'est de faire plaisir à mon père et ma sœur
.
Les petits bonheurs sont d'aller prendre un café avec mes collègues et mes amis et de ne pas parler du cancer.
L'aide médicale à mourir
Au Canada, l'aide à mourir est légalisée depuis 2016, un soulagement pour Chantale Pinard. J'ai fait les démarches pour l'aide à mourir et je suis qualifiée.

Le bien-être animal a toujours été très important pour Chantale Pinard : « ce sont des membres de la société qui ont pas vraiment une voix. On doit agir pour eux, on doit agir pour leur bien-être ».
Photo : Radio-Canada / Hugo Levesque
Mais quand on lui demande si elle est prête à mourir, sa réponse est ferme : non!
Elle reconnaît cependant que les démarches lui donnent un peu de répit, de paix
.
Un héritage dédié à l'éducation
Chantale Pinard annonce avec joie que la paperasserie est faite. Dans son testament, elle veut léguer son héritage à ce à quoi elle a dédié une partie de sa vie, la formation des jeunes vétérinaires.
J'ai légué de l'argent pour un prix d'ophtalmologie à l'université du Prince-Édouard
À l'université du Prince-Édouard où j'ai été remplaçante pendant plusieurs années, ils n'ont pas de programme d'ophtalmologie en médecine vétérinaire. Les gens des Maritimes sont des gens chaleureux, ils ont une place très spéciale dans mon cœur.
Concernant sa famille, elle leur souhaite avec émotion qu’ils aient la paix eux aussi, qu'ils sachent qu'ils ont tout fait pour m’aider et qu'ils n’aient aucune culpabilité
.
D'après une entrevue réalisée par Gabrielle Sabourin pour l'émission radio À échelle humaine
Advertising by Adpathway





